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NOTE DE CONJONCTURE - 21/03/2022

Etat des lieux

Les derniers chiffres de l’Insee montrent que l’année écoulée est marquée par une forte augmentation du prix des matières premières alimentaires (+41 % sur les 12 derniers mois). Ces dernières sont particulièrement nécessaires pour la production dans l’industrie alimentaire, mais également pour l’accroissement en gamme des produits.

Les industries alimentaires font donc face à des défis importants. De nombreuses tensions sont présentes sur les marchés d’approvisionnement en matières premières agricoles et industrielles. A ce contexte s'ajoutent les la guerre déclenchée en Ukraine. A noter, les deux pays la Russie et l’Ukraine représentent 79% des exportations mondiales d’huile de tournesol.

Dans ce contexte et alors que les fournisseurs et les distributeurs sont en pleines négociations pour 2022, une prise en compte des augmentations de l’ensemble des coûts de production par les distributeurs s’impose.

 

Une hausse fulgurante de toutes les matières premières en 2021

Les prix des matières premières dans leur ensemble n’ont jamais été aussi hauts depuis de 10 ans. Pour preuve, l’indice des prix de l’ensemble des matières premières a augmenté de plus de 35 % sur la période 2010-2021. Cette observation est aussi valable pour les matières premières alimentaires qui ont augmenté de plus de 40 %entre 2010 et 2021. Sur la même période, après avoir connu un repli jusqu’en 2016, les produits industriels ont augmenté d’environ 35 %, particulièrement du fait des hausses observées ces dernières années.

Ces observations sont particulièrement inquiétantes sur l’année 2021, année de reprise économique après les premières vagues de la crise de la Covid. L’Insee mesure une hausse fulgurante des prix des matières premières (+31,3 %) en 2021.

Les matières premières alimentaires sont particulièrement concernées avec une augmentation de +41%.

 

La consommation d’énergie et le prix du pétrole

A la 3ème place derrière l’industrie chimique (29,1%) et la métallurgie et produits métalliques (22,3%), les industries alimentaires représentent 15,2 % de la consommation globale d’énergie du secteur de l’industrie (Insee, 2020).

Le coût de l’énergie reste toutefois très dépendant des prix du pétrole.

Les prix du pétrole et ses dérivés ont flambé pendant ces 12 derniers mois atteignant des hausses jusqu’à plus de 79 %. Ces hausses se répercutent naturellement sur le prix de l’énergie.

Le prix de l’électricité a atteint +3,3% sur un an (Insee, décembre 2021). La dynamique est similaire pour les prix du gaz naturel et du gaz de ville.

Tous les signaux du moment, notamment le contexte actuel entre la Russie et l’Ukraine, semblent indiquer que la flambée des coûts de l’énergie va s’intensifier dans les prochains mois. La France est en effet très dépendante des produits pétroliers provenant de la Russie qui représentent le premier poste d’importation depuis la Russie.

 

L’impact sur l’activité des industries alimentaires

L’année 2021 se termine avec une inflation globale de 3,6% selon les calculs provisoires de l’Insee – fév..2022.

Du point de vue de la production, les tensions sur les marchés en amont se répercutent sur l’activité de l’industrie alimentaire. Sur l’année écoulée, la hausse des coûts des industriels a atteint 16,3 %, un niveau jamais atteint depuis 1995.

 

La volatilité des prix des matières premières

L'une des conséquences les plus préoccupantes de la guerre en Ukraine : la flambée des prix des matières premières dont les Russes et les Ukrainiens sont de grands producteurs. Énergie, métaux, céréales, la plupart des secteurs sont affectés.

Ces hausses vont ainsi accroître l'inflation record déjà enregistrée en 2021 en raison des tensions sur le marché de l'énergie de l’alimentaire et des goulots d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement.

Au-delà des hausses de prix, ce qui est très préoccupant également à ce jour, ce sont les difficultés d’approvisionnement, les ruptures et surtout l’instabilité des marchés amont entrainant une impossibilité pour les fournisseurs, les industriels de sécuriser des volumes et d’anticiper des prix. Déjà dans le secteur de la restauration collective, des restrictions au niveau des commandes d’huile sont constatées, il n’est pas possible de commander des volumes inhabituels. Cela risque de s’aggraver dans les semaines qui viennent.

Les incertitudes, tant sur le conflit militaire que sur les pourparlers et les sanctions occidentales, vont entrainer de nouvelles fluctuations des prix.

Actuellement beaucoup de prix ne sont plus garantis par les distributeurs sur certain produits négociation à la quinzaine.

Inflations, guerre en Ukraine, grippe aviaire, crise énergétique, post-covid, cette situation s’inscrit en effet dans un contexte national et international particulièrement tendu, et qui risque fortement de s’inscrire dans le temps.

 

Autres conséquences de cette situation

Aucune visibilité sur l’évolution des prix avec une volatilité non contrôlée, et un risque évident de s’installer dans la durée.

Certains spécialistes parlent d’une stabilisation à horizon du second semestre 2023. Dans les zones de guerre les récoltes et les ensemencements peuvent difficilement avoir lieu, et les réseaux de distributions sont longs à remettre en place.

Une spéculation accentuée touche les produits de base de l’alimentation comme les céréales, l’huile, le lait…

Une augmentation importante des prix dans la grande distribution et dans le secteur de la distribution à destination de la restauration hors domicile (collective et commerciale).

Des ruptures d’approvisionnement qui vont toucher un certain nombre de réseaux, notamment le secteur de la restauration d’entreprise.

Des difficultés réelles de plus en plus importantes pour se nourrir de manière équilibrée et avec des produits de qualité du fait de l’évolution des prix, pour l’ensemble de la population.

Pour tout le secteur de la restauration collective, les coûts vont exploser, la problématique du financement va se poser dans un certain nombre de structures : collectivités locales, établissements de santé, entreprises, etc.

Les conséquences de la guerre en Ukraine se font déjà sentir un peu partout en Europe, les pays africains pourraient être les premiers touchés à grande échelle. Selon les données de l'UNCTAD, 25 pays africains ont exporté plus de 33% de leur blé depuis l'Ukraine et la Russie entre 2018 et 2020.

Pour tenter de limiter les risques, la Commission européenne pourrait décider de suspendre une règle qui oblige les céréaliers européens à laisser en jachère 4% de leurs terres. Une mesure imposée pour éviter l'appauvrissement des sols et la surexploitation.